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Abbé Yves GROSJEAN


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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 05:15

Ilaria Morali : « Le but de la rencontre d’Assise n’est pas une harmonisation des croyances »

Critiquées, ou au contraire mises exagérément en avant, les rencontres interreligieuses d’Assise ont, dès 1986, été sources de polémiques au sein de l’Église. À l’occasion d’Assise 2011, le 27 octobre, Ilaria Morali, professeur à l’Université grégorienne à Rome, nous explique précisément comment Benoît XVI se positionne par rapport au dialogue interreligieux.

En quoi la rencontre interreligieuse d’Assise 2011 est-elle différente de celles de 1986 et 2002 ?

Du point de vue de l’histoire de l’Église, Assise 1986 s’est déroulé presque vingt-cinq ans après leconcile Vatican II. Aujourd'hui, nous allons bientôt célébrer le 50e anniversaire de sa convocation. Donc, bien que le magistère des deux papes présente des éléments de continuité, il faut en même temps reconnaître que le rôle et la mission de Benoît XVI ne sont pas identiques à ceux de Jean-Paul II.

Parmi les défis nouveaux, je voudrais en mentionner au moins trois. Entre la rencontre de 1986 et celle de 2011, il y a eu d’abord des interprétations déroutantes de l’« esprit d’Assise », au nom duquel on a assisté à une multiplication des initiatives, parfois incompatibles avec l’intention de l’Église catholique (par exemple des prières interreligieuses). Et puis, dans nos communautés catholiques, il y a eu parfois une lecture émotionnelle, ou superficielle, et irénique de l’interreligieux, à la suite d’événements violents comme le 11 Septembre. Du point de vue théologique enfin, certains courants ont théorisé que le dialogue interreligieux était nécessaire au chrétien, parce que la connaissance de Dieu par la révélation de Christ est incomplète, et qu’on doit entrer en dialogue avec les religions non chrétiennes pour connaître les autres « visages » du divin.

Il y a aussi, indéniablement, une différence de style, plus que de contenu, entre Jean-Paul II et Benoît XVI. Pour caractériser l’apport de chacun des deux pontifes, je définirais le dialogue entrepris par Jean-Paul II comme un « dialogue des gestes». À Assise en 1986, il fallait un geste, une action symbolique, tandis que pour Benoît XVI, on pourrait parler d’un « dialogue des mots et des paroles profondes ». Par exemple, le discours de Ratisbonne (2006) a été une parole profonde, qui a obligé beaucoup de monde à réfléchir pour la première fois sérieusement sur le rapport entre violence et religion. Et on ne peut pas nier qu’après Ratisbonne, le dialogue entre l’Église et un certain nombre d’intellectuels musulmans a connu des progrès, comme lors du Forum islamo-chrétien au Vatican il y a trois ans, auquel j’ai moi-même participé. Cette différence, c’est aussi le style, car Jean-Paul II était un homme d’action, tandis que Benoît XVI est un homme de réflexion, un théologien.

Ainsi, à Assise 2011, le fait d’avoir invité des non-croyants va certainement modifier en l’enrichissant l’interprétation même de l’esprit d’Assise, car paix, justice et vérité ne sont pas propriété exclusive de la religion, mais tous les hommes et les femmes, en tant que porteurs de dignité humaine, sont appelés à rechercher ces valeurs.


Que sait-on de l’attitude de Benoît XVI vis-à-vis de cet événement ?

L’opinion publique a présenté l’attitude du pape comme étant réservée, voire réticente. Il est vrai qu’à plusieurs reprises, le cardinal Ratzinger a montré une distance au sujet de la rencontre d’Assise en 1986 et, plus généralement, du dialogue interreligieux. C’est ainsi que l’on peut lire la publication, le 6 août 2000, de Dominus Iesus, déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur l’unicité salvifique de Jésus-Christ. S’agissant du dialogue, ce document refusait l’égalité, en terme de doctrine, entre le Christ et les autres fondateurs des religions.

Autre exemple : dans son livre Foi, tolérance et vérité (2005) publié lorsqu’il était encore cardinal, Joseph Ratzinger a aussi parlé des rencontres d’Assise en refusant la possibilité d’une prière interreligieuse commune (dans le sens où l'on prie ensemble, chrétiens et non-chrétiens), et en préférant parler de prière « multireligieuse » (chacun prie séparément). La première est, à son avis, une pure fiction.

Le cardinal y définissait aussi les conditions à respecter pour que la vérité soit sauve dans ce type d’initiatives : le fait, par exemple, que cette prière ne pouvait pas être une norme de la vie religieuse, mais qu’elle était simplement un signe, dans une situation extraordinaire, où s’élève un cri du cœur des hommes vers Dieu ; ou encore, que le chrétien pouvait participer à ces rencontres seulement si son contenu n’était pas en contradiction avec le Notre-Père.

À partir de ces éléments, s’est développée l'idée générale que ce pape ne croit pas au dialogue interreligieux.

Quand Benoît XVI a annoncé son intention de convoquer une nouvelle rencontre à Assise, cela a surpris favorablement l’opinion ; mais d’un autre côté, son attitude est questionnée, car on pense que Benoît XVI va modifier l’esprit d’Assise. Ceux qui sont hostiles à l’esprit d’Assise et au dialogue interreligieux estiment ainsi que le pape a subi des pressions, l’obligeant à célébrer ce 25e anniversaire, bien qu’il ait été dès le début contre ce genre d’initiative.


Est-ce un tournant dans le dialogue interreligieux ?

Au mois de juillet dernier, est parue dans l’Osservatore Romano, concentrés sur une seule semaine, une série d’articles au sujet de la rencontre d’Assise, signés par les principales autorités vaticanes. Dont, entre autres, le cardinal Bertone, secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, ou encore le cardinal Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Le cardinal Levada, notamment, a rappelé que Jean-Paul II avait déjà stigmatisé la tendance à idéologiser le dialogue interreligieux ; de ce point de vue, il y avait pleine convergence et syntonie entre le magistère de Jean-Paul II et la théologie de Ratzinger. C’est donc une erreur d’opposer Benoît XVI à Jean-Paul II, car la continuité est évidente. On ne doit pas oublier non plus que la déclaration Dominus Iesus a été approuvée, confirmée par Jean-Paul II, qui en a ordonné la publication.

Dans son article, le même cardinal Levada affirme que le critère pour bâtir ensemble la paix, chrétiens et non-chrétiens, c’est la vérité. Le dialogue que l’Église veut établir ne peut donc pas abdiquer la vérité, et se transformer en un instrument idéologique pour relativiser la foi.

Évidemment, le but de ce dialogue n’est pas une harmonisation des croyances, qui restent et doivent rester différentes. Il est plutôt dans la recherche des valeurs communes qui sont à la base de toute société humaine : la paix, la justice. Du point de vue anthropologique, l’interreligieux joue une importance fondamentale et il peut conduire à une communion d’action entre chrétiens et non-chrétiens, croyants et non-croyants.

Pour le chrétien, il ne s’agit pas de rechercher la vérité comme si elle n’était pas encore donnée : c’est plutôt une habitude spirituelle et intérieure de celui qui sait que, étant donnée en Jésus-Christ une fois pour toutes, il doit l’accueillir dans son cœur et la connaître de plus en plus.

 

Aymeric Pourbaix



Ilaria Morali : bio express


Professeur extraordinaire * de théologie dogmatique à l’Université pontificale grégorienne depuis 1995, Ilaria Morali a contribué à lancer en 2009 l’Institut de recherches sur les religions et les cultures. Ses recherches sont centrées sur la théologie des religions et le dialogue interreligieux, ainsi que sur la théologie de la grâce. Elle a été également impliquée dans le dialogue islamo-chrétien en Turquie, et a participé au Forum islamo-chrétien au Vatican en novembre 2008.

* Titre donné à un enseignant (il existe également des professeurs ordinaires, visiteurs, associés, honoraires, émérites).

A. P.

Source : Famille Chrétienne

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