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Abbé Yves GROSJEAN


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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 05:32


Harry Potter : une interview de Michael O'Brien

 

Retour sur Harry Potter
Une très intéressante interview exclusive de l’auteur catholique bien connu, Michael O’Brien (auteur de Père Elijah) a été publiée par LifeSite, il y a quelques jours. Elle revient sur le phénomène Harry Potter à l’occasion de la sortie du film qui clôt l’adaptation cinématographique des sept volumes de la série. O'Brien a consacré un livre au phénomène et a réitéré ses critiques ces jours-ci, et s’est trouvé – comme tous ceux qui osent dénoncer les dangers de la série – sous le feu roulant des critiques. Il répond ici aux objections qu’on lui oppose. 
 

S.J. — Comment en êtes-vous, à l’origine, venu à faire la critique de Harry Potter ? Qu’est-ce qui a éveillé votre intérêt ? 

M. O'B. — En tant que rédacteur en chef d’un magazine familial catholique au début des années 1990 j’ai commencé à recevoir des lettres de parents demandant mon avis sur un phénomène nouveau qui commençait à se faire jour de plus en plus fréquemment dans la littérature enfantine. A vrai dire je n’en avais aucun ; c’est alors que des gens bien intentionnés ont commencé à donner de tels livres à nos enfant à l’occasion d’anniversaires, ou bien à nous pousser à en avoir chez nous, et j’ai pensé : « Merci beaucoup, mais je crois que je vais regarder cela d’un peu plus près auparavant. » 

Plus je lisais, plus je poussais mes recherches, plus je me suis rendu compte qu’il y avait là un changement radical au sein de la littérature et de la culture au sens large, et plus spécialement dans les œuvres visant les jeunes. Les thèmes en étaient certainement de plus en plus violents, même si, jusqu’à un certain point, la littérature enfantine a toujours contenu une part de violence. 
Plus inquiétante me paraissait la corruption des symboles traditionnels du bien et du mal dans la civilisation occidentale, et aussi une présentation de plus en plus fréquente des pouvoirs occultes comme le moyen de vaincre le mal, comme si les pouvoirs étaient moralement neutres. 

S.J. — Tout cela dépasse donc le phénomène Harry Potter. Il y avait d’autres séries encore. 

M. O'B. — Oui, et tout cela existe depuis pas mal de temps. Certains auteurs influents ont fait la promotion de ces thèmes dès les années 1950 et cela s’est accéléré jusqu’à l’apparition de Harry Potter qui constitue un phénomène mondial d’une puissance sans précédent avec son emprise sur l’imagination d’une génération entière. Potter est unique dans l’histoire de la littérature ; rien de tel ne s’était jamais produit auparavant. 

S.J. — Comment expliquez-vous cela ? Comment justifier cette popularité ? 

M. O'B. — En partie, par le fait que J.K. Rowling est une conteuse de talent, mais elle a également utilisé le style et la technique de la télévision et du cinéma modernes, qui s’emparent de l’imagination en la mitraillant, en la bombardant de stimuli puissants, à un rythme rapide, avec beaucoup de récompenses émotionnelles. Sur le seul plan du style elle a introduit un changement majeur dans la manière de raconter une histoire, et dans la manière dont on les lit. 

Chose plus importante, elle a fait accomplir un pas supplémentaire à la paganisation de la culture enfantine : désormais la sorcellerie et l’art de la magie – traditionnellement alliés au mal surnaturel – sont présentés comme moralement neutres. Au mains des « gentils », ils deviennent un instrument pour le bien. Aux mais des « non-gentils » ils sont un instrument au service du mal. Elle a déplacé les lignes de bataille entre le bien et le mal, ce qui peut aboutir à une désorientation, spécialement chez les jeunes qui sont en voie de formation. 

Quel que soit son degré d’imagination débridée, la bonne œuvre fantastique nous montre la réalité ultime, « l’ordre moral de l’univers » comme l’appelait Tolkien. Le fantastique corrompu nous montre, ou nous forme à un type de conscience qui peut conduire à penser que le mal est bien et que le bien est mal. Au pire des cas, cela peut avoir des effets à long terme, en poussant intuitivement, inconsciemment le lecteur à faire le mal alors qu’il pense faire le bien. Toute ma critique vise le potentiel. Je ne connais personne qui affirme que les lecteurs de Potter sont voués à se plonger en actes dans la magie ou la sorcellerie. Cependant, des études réalisées par le groupe de recherche Barna ont révélé une augmentation de 12 % des activités occultes parmi les étudiants chrétiens aux Etats-Unis qui avaient lu la série, un phénomène que les étudiants eux-mêmes attribuaient aux livres. Les critiques sérieux s’inquiètent également du fait qu’ils saturent les esprits de symboles du mal et d’aventures où le mal et le bien sont redéfinis. 
S. J. — Par rapport aux différents types de littérature enfantine que vous avez critiqués, j’ai cru comprendre que les réactions les plus fortes que vous ayez suscitées, et de loin, ont répondu à vos écrits et vos commentaires sur la série des Harry Potter. Est-ce exact ?

M. O'B.— Comme un raz-de-marée !
S. J. — Parlez-nous en.

M. O'B.— Cela fait plus de dix ans que j’écris des critiques de la série des Harry Potter. Ces critiques sont fondées sur mes recherches antérieures sur ce qui se passe dans le cœur et l’esprit et l’imagination d’un enfant lorsqu’il lit de la bonne littérature, à l’inverse de ce qui se passe pour la littérature qui corrompt.
Je savais bien qu’il y aurait quelque opposition à propos de la série des Potter entre gens religieux et ceux qui ont une tournure d’esprit laïcisée – c’était inévitable – mais ce qui m’a ébahi, et continue de m’ébahir, c’est la forte controverse qui s’est fait jour très rapidement parmi les chrétiens eux-mêmes, dans toutes les Eglises. Elle traverse toutes les lignes de partage entre différentes dénominations chrétiennes. On note une caractéristique universelle dans la manière de défendre Potter : c’est la colère véhémente.
Je connais quelque huit critiques différents de la série qui écrivent soit des livres soit des articles de presse sur le sujet. Ce sont tous des gens équilibrés – je ne parle pas ici d’organisateurs d’autodafés (ni de ceux qui brûlent les sorcières) – et ils font tous l’expérience de ce phénomène, que ce soit dans les cercles chrétiens, dans leur propre communauté religieuse, ou de la part de leurs amis et de leur famille. Ils sont exposés à des attaques qui les visent personnellement, qui sont parfois très irrationnelles, une sorte de réaction réflexe qui se scandalise de toute critique de Harry Potter.
Les critiques que je connais sont des gens raisonnables et calmes qui ont simplement soulevé des questions sur ce qui paraît être un objet culturel désordonné qui exerce une énorme influence. Nous avons appris que le simple fait de le remettre en question incite non seulement à la colère mais aux faux jugements à notre égard. On nous traite de « brûleurs de livres », de « fondamentalistes radicaux », d’« ennemis de la liberté » et ainsi de suite. Si je faisais la liste des qualificatifs qui m’ont été adressés au cours de ces dix dernières années, vous en ririez. C’est franchement ahurissant, et je crois que c’est le signe de problèmes plus profonds.
Harry Potter est représentatif d’une vague de révolution culturelle qui le dépasse largement et où nous sommes tous immergés, et je crois qu’il s’agit aussi d’une révolution spirituelle – une révolution spirituelle négative. Cela nous montre que nous autres chrétiens avons été si saturés par le déplacement de symboles dans notre manière de penser, dans notre imagination, alors que dans le même temps nous sommes devenus tellement accros de la culture du divertissement, que nous ne voyons plus où est le problème, sans même parler de la manière d’y résister.
Peu ou prou, la culture est aujourd’hui le divertissement, tout autant parmi les chrétiens que chez les non-croyants. Nous sommes très attachés à ce qui nous procure du plaisir, spécialement à ce qui nous procure un plaisir intense, et il est extrêmement difficile de voir cela remis en question si nous manquons de liberté dans notre vie intérieure par rapport à cet attachement. Voilà la cause qui est à la racine de la colère, et c’est une réaction addictive classique. Indépendamment de l’intelligence avec laquelle on l’exprimera, il s’agit, fondamentalement, d’une loyauté irrationnelle.
S. J. — Et pourtant on présente ces réactions comme très rationnelles.
M. O'B. — Oui, comme dans toutes les addictions, la personne qui en souffre va présenter – sur un ton calme et raisonnable – de nombreux arguments qui « prouvent » pourquoi elle doit continuer de consommer ce qui la réduit en esclavage. Je concède que les mots « esclavage » et « addiction » sont probablement excessifs, mais assurément il nous faut nous demander pourquoi nous consommons, avec si peu d’auto-examen, un matériel culturel dont nous sommes venus à penser que nous ne pouvons pas nous en passer ? Pourquoi n’appliquons-nous pas une analyse normale, critique, prudentielle à quelque chose qui exerce un tel pouvoir sur nous ? Que se passe-t-il en nous pour que nous ne puissions pas le remettre en question ?
S.J. — Que se passe-t-il, alors, à votre avis ?

M. O'B. — La dynamique de l’érosion culturelle et d’une assimilation par le paganisme se produit à différents niveaux. L’homme est un être composite : nous sommes intelligence, nous sommes esprit, nous sommes un corps, nous sommes des émotions. Nous avons des appétits de toutes sortes : appétits physiques, intellectuels, émotionnels. Et si des choses comme Harry Potter, ou disons la série « Vampire » de Stephenie Meyer, ou  A la croisée des mondes de Philip Pullman nous ont donné beaucoup de satisfaction intellectuelle, de plaisir, de distraction – nous pensons que cela ne peut être en aucun cas mauvais pour nous. Nous sommes capables de conserver une foi rationnelle en des ensembles doctrinaux justes tout en consommant dans le même temps des divertissements culturels qui contredisent précisément ces doctrines.
Quelque part, nous avons tiré la conclusion intuitive : « Il n’y a pas de mal là-dedans. Cela me rend heureux, cela fait que je me sens bien. » Mais le prix à payer pour ce genre de sentiment de bien-être, c’est l’ingestion d’une grande quantité de messages erronés mélangés à des messages vrais. Il y a bien des « valeurs » dans les Harry Potter, mais elles sont emmêlées avec des anti-valeurs.
Le monde de Potter est un univers moral brouillé. Il existe des symboles chrétiens dans la série, mais l’auteur les désapproprie, les fait muter, et les intègre dans un système supposé plus grand et plus large où les symboles du mal dominent. Pourquoi nos antennes ne frémissent-elles pas lorsque cela se produit ? Je crois que c’est parce que nous avons été écrasés par le poids de notre dépendance habituelle par rapport à ce plaisir. Je devrais ajouter que nous avons également été abasourdis par les nombreux faiseurs d’opinion qui nous affirment qu’il n’y a là aucun problème – même les commentateurs chrétiens.

S. J. — Pourquoi tant de critiques disent-ils donc : « Ce n’est que du divertissement, ce n’est qu’un film, pourquoi prenez vous cela tellement au sérieux ? »


M. O'B.— Cet argument, lui aussi, désigne l’existence d’un problème plus profond. Sans vraiment savoir comment nous en sommes arrivés là, nous avons créé une coupure artificielle entre le divertissement et la foi – entre la culture et la foi, en d’autres termes. Nous disons : « Je suis un catholique (ou un chrétien) doctrinalement correct, je ne conteste aucun enseignement de l’Eglise. Alors, si je veux regarder des vidéos, des DVD, des programmes télévisés qui violent ces principes, je suis capable de me concentrer sur le bien et de passer outre le mal. » Il va de soi que nous devons rechercher le bien en toute chose et que nous ne devrions pas toujours chercher ce qu’il y a de mal autour de nous. Mais lorsque notre consommation devient un appétit insatiable, où les composantes mauvaises, les mensonges et la « glamorisation » d’activités mauvaises constituent une matière grave – et certainement, la sorcellerie et la magie sont d’une gravité extrême en termes de violation de l’ordre divin – nous devrions nous arrêter pour réfléchir et dire : « Le jeu en vaut-il la chandelle ? Puis-je vraiment absorber ces quantités de mal sans en être affecté ? »

Eh bien, en tant qu’adulte vous le pouvez peut-être, mais vos enfants ? La perception de vos enfants est en train de s’éveiller, spécialement lorsqu’il sont jeunes. La perception, la manière dont on perçoit le monde, a d’importants effets sur la manière dont vous formerez votre conscience ; et bien entendu, votre conscience va affecter la manière dont vous allez choisir entre le bien et le mal dans le domaine de l’action.

S. J. — L’intensité des réactions dont vous avez été l’objet au cours de ces années semblent confirmer ce que vous dites, que la question va plus loin. Pouvez-vous donner des exemples des réponses les plus mémorables qu’on vous ait adressées ?


M. O'B. — Beaucoup d’entre elles n’ont cessé de m’étonner. Je me rappelle que lorsque j’ai donné trois longues interviews sur Potter à Zenit en 2001, la réaction négative a été très importante. Un sociologue de la religion nommé Massimo Introvigne, qui était un grand défenseur de Potter, a accusé ceux qui, comme moi, étaient critiques, de pratiquer une forme nouvelle et très dangereuse de fondamentalisme. Il a affirmé que nous étions le type de gens qui pourraient faire éclore un régime catholique taliban.

Or je n’avais rien fait d’autre que de mettre en évidence les aspects problématiques de la série des Potter, sans condamner quiconque, ni d’aucune manière l’auteur, ni ceux qui permettent à leurs enfants de lire les livres. Je ne condamne pas les gens. Mais la tactique est assez habituelle qui consiste à qualifier ceux qui critiquent de censeurs, de pharisiens, d’alarmistes hystériques, de bigots, de talibans catholiques, de brûleurs de livres, de nazis, d’ennemis de la liberté, etc. Ce genre de qualificatifs utilisés pour les critiques de Potter ont été assez répandus dans les médias chrétiens.

S. J. — Avez-vous reçu du courrier chez vous, des courriels, des coups de téléphone ?

M. O'B.— Eh bien, mon adresse personnelle n’est pas visible mais je reçois tout le temps des courriels, et plus encore quand je fais paraître un article. Nombre de ces courriels sont des messages de haine.
 


S. J— Lorsque vous évoquez des messages de haine, pouvez-vous les décrire plus précisément ? Qu’est-ce que cela signifie ? Que vous dit-on ?


M. O'B. — Quelques malédictions, certains laissent libre cours à leur colère, comme ce message que j’ai reçu récemment : « Harry Potter n’est pas l’Antéchrist, c’est vous qui êtes l’Antéchrist ! » A un certain niveau, les gens ont pris Harry Potter dans leur cœur comme un héros et comme le défenseur du bien, et ils se sont profondément identifiés à lui. En outre, des éléments symboliques et dramatiques cruciaux de la série le présentent comme une figure christique. Mais j’ai tendance à croire qu’à la racine de la haine irrationnelle à l’égard des critiques vient du fait que les lecteurs s’identifient personnellement à Harry. Voilà pourquoi quiconque ose critiquer cet orphelin maltraité qui est l’objet de haine de la part du mal incarné est considéré comme étant du côté de Voldemort, ou des forces voldermoresques dans le monde. Les lecteurs immatures pourraient le dire ainsi ; les lecteurs matures l’exprimeraient d’une manière plus raisonnable, plus sophistiquée, mais au bout du compte c’est la même chose.

Une sorte de loyauté viscérale féroce est en jeu, qui provoque des réactions intenses dès lors qu’elle est mise en cause. Que cela nous apprend-il sur nous-mêmes, en tant que catholiques ? Sommes-nous incapables désormais de nous examiner et de nous critiquer nous-mêmes ? Le peuple de Dieu est-il aujourd’hui si facilement manipulable, si charmé pourrais-je dire, que nous sommes devenus incapables de résister à l’esprit du monde ? Avons-nous confondu l’assimilation par le paganisme et l’authentique inculturation ?
S. J. — Dans un de vos commentaires sur LifeSite, vous avez expliqué que dans le film Harry Potter actuellement sur les écrans, « le mal est présenté comme mauvais, et cependant les moyens mauvais par lequel on résiste au mal sont présentés comme bons ». Quels sont ces « moyens mauvais » auxquels vous faisiez allusion ?
M. O'B.— Les exemples abondent tout au long des sept volumes de la série. On trouve l’exemple le plus net dans le septième et dernier tome. Harry s’y emploie à une quête des sept « horcruxes ». Les horcruxes contiennent une portion de l’âme de Voldemort, puisque cet ennemi suprême a divisé son âme pour la répartir parmi ces objets mystiques répandus à travers le monde. Harry et son amie Hermione cherchent à trouver les horcruxes et à les détruire un par un, et ils parviennent à en détruire quelques-uns, ce qui veut dire qu’ils détruisent une partie de l’âme de Voldemort.

La bataille finale se produit après que Voldemort a tué Harry. Harry se trouve dans un état mystérieux au-delà de la tombe, et il rencontre feu Dumbledore, son ancien  mentor, qui explique à Harry qu’il peut « continuer » (sans expliquer ce que cela signifie),  ou qu’il peut retourner sur la terre. Harry choisit de retourner sur la terre. Il est littéralement mort mais il peut choisir de se ressusciter. Il est « l’Elu » mais il devient aussi, à partir de ce moment-là, le « Maître de la Mort ».

S’ensuit une dernière bataille. La baguette de sureau possède le pouvoir ultime de détruire totalement tout ennemi : elle est comme l’anneau dans Le Seigneur des Anneaux. Mais désormais, parce que Harry est mort et ressuscité, la baguette de sureau lui obéit. La baguette est dans la main de Voldemort et celui-ci la repointe vers Harry pour l’annihiler totalement une deuxième fois, mais parce que Harry est le Maître de la Mort, la baguette n’obéit plus qu’à lui et la malédiction rebondit sur Voldemort, le détruisant totalement.

S. J. — Donc, le fait d’utiliser la sorcellerie puissante, le pouvoir mauvais de la baguette constitue ces « moyens mauvais » par lesquels il résista à Voldemort dans ces moments ultimes ?
M. O'B. — C’est le moment climatique suprême de la bataille entre ce que l’on perçoit comme le bien et le mal dans la série. Mais il y a des centaines d’autres incidents où Harry recourt à des moyens immoraux afin de détruire ses ennemis. Par exemple, dans une scène précédente l’un des serviteurs de Voldemort insulte un professeur de Poudlard que Harry apprécie beaucoup. Harry lui envoie le sort « Cruciatus » (Endoloris) – un sort qui crucifie. C’est une torture innommable ; aucune douleur au monde ne lui ressemble. Harry décide tout simplement de le crucifier. C’est le même Harry qui, tout au long de la série, a menti, a commis des violences envers autrui – des ennemis humains, ses condisciples – parfois pour les punir de leurs attaques contre lui, parfois pour faire avancer sa propre cause. Le mensonge est présent en force tout du long, tout comme les autres formes de tromperie, ainsi que l’énonciation de centaines de sorts et d’ensorcèlements, tout cela allant de pair avec le mépris et la dérision, la violence, l'effusion de sang, la mort – la liste n’en finit pas.

S. J. — Mais tout cela est présenté comme bon, dites-vous.
M. O'B. — Cela est présenté comme bon parce que cela concourt à défendre les « bons » personnages face au mal suprême, qui est Voldemort. Voilà ce que l’exorciste de Rome, le P. Amorth, désignait dans sa mise en garde majeure sur le fait que la série des Harry Potter est envahie par le relativisme moral – elle enseigne presqu'à chaque page que la fin justifie les moyens.

S. J. — Comment Harry aurait-il dû vaincre Voldemort, ou essayé de le vaincre, de manière morale ?
M. O'B. — La prémisse fondamentale du monde de Potter est qu’il n’y a pas d’autre moyen de vaincre Voldemort que d’utiliser les mêmes outils de la mort que lui. Il faut se rappeler que les histoires se déroulent non seulement dans une dimension secrète de notre monde réel, mais aussi dans la Grande-Bretagne contemporaine. Peut-on concevoir une bonne sorcellerie qui aurait raison de la mauvaise ? Pas du tout. Ainsi la question en elle-même n’est pas susceptible d’une réponse. Si vous décidez de créer un univers moral brouillé dans une œuvre de fiction, il n’existe aucun moyen de le débrouiller de manière à présenter un moyen vraiment justifiable de vaincre le mal par le mal. Et c’est cela, la prémisse de ces livres et de ces films : des activités absolument interdites par Dieu et par l’Eglise sont présentées comme des forces qui sauvent. L’attitude sous-jacente de Rowling est celle-ci : « Faisons semblant que les règles posées par Dieu ne s’appliquent pas à nous. Cela peut nous être permis parce que nous sommes les bons, les gentils, et voyez combien Voldemort est mauvais. »

S. J. — En tant que chrétiens qui essayons de vaincre Satan, nous ne pouvons pas le vaincre du tout si ce n’est pas le Christ, donc ?
M. O'B. — C’est la vérité fondamentale de notre foi. Et la série tout entière, comme les films, postule une réalité contraire : que l’on peut vaincre le mal absolu en s’emparant des armes du mal – tant que les instruments mauvais, les méthodologies, la connaissance gnostique et les sorts sont présentés comme étant moralement neutres.
Source et traduction : Jeanne Smits Rédactrice du journal Présent

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